Crise grecque – entre enthousiasme et lassitude

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Lundi dernier, la Grèce retrouvait un statut « d’indépendance financière », en se détachant partiellement de la tutelle européenne et du Fonds monétaire international (FMI). Durant les huit années de crise, le pays a reçu 289 milliards d’euros. Malheureusement, l’économie et la situation générale de l’état conservent leur fragilité, inquiétant sa jeune génération, groupe social le plus touché par la crise.

« La crise, quoi d’autre? », de nombreux tags dénonçants la politique de Troïka se retrouvent à travers les rues d’Athènes. ©toideurope

 

« La fin du programme, n’est pas la fin du chemin » déclarait lundi, Pierre Moscovici. Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières explique à travers cette conférence de presse, que la fin du troisième plan de renflouement financier ne signifie pas la fin des contrôles. Le pays conserve sa fragilité, il ne va toujours pas naviguer seul. « C’est une étape importante vers le redressement de la Grèce. On le sait cela ne sert à rien de le cacher (des efforts) seront nécéssaire pour consolider et pour assurer la pérennité de ce redressement. La fin du programme ce n’est pas non plus la fin des réformes, arrêter demain on le sait cela serait revenir en arrière et cela serait en fait abimer huit années d’efforts. Aujourd’hui nous devons prendre acte des efforts considérable que la Grèce a déployé et bien sur du peuple grec ». La nation archaïque reste le dernier pays à sortir de la tutelle financière européenne et internationale après Chypre, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne.

Une indépendance financière suspendue

Référant de l’histoire antique, la Grèce s’affaiblit en restant aujourd’hui sous la contrainte d’une « surveillance post-programme renforcée » et ce, jusqu’en 2022. La mise sous tutelle de l’État a été mal perçue à travers les jeunes grecs. « Cela signifiait non seulement imposer des mesures (d’austérité), mais aussi imposer la manière dont elles devaient être mises en œuvre. L’éventail des mesures dépassait largement les aspects économiques et touchait tous les domaines du spectre politique. Des réformes fiscales aux réformes concernant les méthodes d’enseignement dans les écoles élémentaires, le dernier mot appartenait à la troïka » explique un jeune athénien, Έκτορας Καρβούνης.

Cette position, Eleni Vouli la partage. Âgée de 23 ans, elle estime pourtant que les mentalités grecques doivent évoluer. « Je pense que la fin est plutôt virtuelle, nous aurons toujours quelqu’un qui nous surveille, et à juste titre, parce que les Grecs sont réellement attachés à leurs habitudes, essayant toujours de se couvrir eux-mêmes. (…) Je suis assez pessimiste quant à l’avenir du pays. Les vieilles habitudes ont la vie dure, mais je voudrais vraiment voir des améliorations réelles dans le système éducatif qui dispose d’une haute responsabilité ». Elle espère que la collaboration avec l’Union Européenne va s’améliorer. « Je vois l’UE comme un atout majeur dans le développement du pays. J’espère que notre coopération se poursuivra, permettant à la Grèce de se prononcer plus clairement sur ses progrès financiers dans un avenir proche ».

D’autres estiment que la corruption freine la bonne évolution du pays. « Le problème central en Grèce est la corruption, en particulier dans les emplois très rémunérés. Les gens ne veulent pas prendre leur retraite ou changer d’emploi, car ils savent qu’ils ne sont pas qualifiés et personne d’autre ne les embauchera. Il n’y a donc aucune chance que les gens montent dans les hiérarchies ou obtiennent même un emploi  »  ajoute, Danae Tessa. Ces lourdes contraintes provoquent le départ depuis 2008 de nombreux jeunes citoyens, pas moins de 427 000, selon la Banque de Grèce.

 

« La fuite des cerveaux »

L’inquiétude de la politique de la Troïka se découvre à travers tous les domaines, ne concernant pas exclusivement l’économie. Le pays a vu nombreux de ses enfants diplômés, fuir le pays. « Les salaires sont assez bas, les jeunes ont du mal à trouver un emploi, la plupart du temps, ils compromettent leurs bas salaires, sans assurance » explique Eleni Vouli. La stabilité salariale semble difficile pour la nouvelle génération sur le marché et compromet leurs choix d’avenir. Ilias Paraskevopoulos, greco-maltais de 22 ans, souligne ce problème. « Les salaires sont plus bas, les opportunités pour un bon travail aussi. Les jeunes couples peuvent difficilement financer un mariage ou un enfant. Beaucoup vivent dans la maison de leurs parents et reçoivent de l’argent de poche. C’est déprimant si vous y réfléchissez. Pourtant, il existe des exemples brillants de nombreux jeunes qui, malgré les difficultés, continuent de lutter pour un avenir meilleur, ce qui est source d’inspiration« .

La jeune athénienne Danae Tessa dispose de la même reflexion. « La situation économique en Grèce est plutôt mauvaise. Surtout pour les plus jeunes comme moi, il n’y a pas d’avenir. Il est très difficile de trouver un travail qui ne paie pas moins que le salaire minimum pour un nombre ridicule d’heures de travail. (…) la situation sociale est également difficile, la plupart des gens se sont détournés de la politique et des nouvelles parce qu’ils ont la mentalité qu’ils ne peuvent rien faire contre la corruption, la pauvreté, l’itinérance. Ils ne sont plus actifs politiquement ou socialement« , ajoute déçue, la jeune femme.

Le journal français, Alternatives économiques dénonce l’échec de la politique de redressement « Cette intervention restera dans les annales comme un modèle de ce qu’il ne faut surtout pas faire si on veut réellement aider un pays à se redresser…« . Depuis le début de crise en 2008, la Grèce a perdu plus d’un million de citoyens alors que le reste de la zone euro en a gagné huit. « Il convient de mettre un terme à tous les contrôles dans les administrations publiques. J’espère que davantage de financement seront accordés aux écoles, aux universités, aux nouveaux professeurs, aux nouveaux bâtiments, mais aussi aux hôpitaux. Il y a aussi beaucoup d’endroits qui ont minimisé la position des personnes dont ils ont besoin pour économiser de l’argent« , explique Danae, originaire et citoyenne d’Athènes. . Ces derniers ne peuvent trouver des emplois convenables. Le chômage chez les jeunes reste important avec 40%. « Le taux de chômage diminue, mais il reste encore très élevé, les paiements sont toujours inférieurs à ceux d’un travailleur standard, par conséquent, la fuite des cerveaux augmente de plus en plus », ajoute,Έκτορας Καρβούνης.

Le problème de la crise économique grec n’est malheureusement qu’à un chapitre de son histoire. Aujourd’hui, la Grèce est mise à l’épreuve avec notamment la crise des réfugiés en Europe, très présente sur son territoire. « Je m’attends également à ce que les pays européens fassent preuve d’équité en matière d’attribution des réfugiés. Ce n’est pas un problème d’un pays « , ajoute, Ilias Paraskevopoulos. De nombreux enjeux attendent le pays. Il devra retrouver une certaine stabilité afin de conserver la prochaine génération de travailleurs. « Je suis archéologue » explique Danae Tessa « je suis habituée à ce que les Européens romancent l’idée de la Grèce comme ce beau pays rempli d’antiquités, mais nous ne sommes pas seulement notre passé. Nous avons aussi notre présent ».

 

 

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