Crise agricole – conserver la jeunesse croate

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Rentrée dans l’Union Européenne le 1er mai 2013, la Croatie a fait de nombreuses concessions pour obtenir son adhésion. Divers secteurs ont réalisé des compromis, l’exemple se voit à travers l’agriculture. Les conséquences deviennent importantes avec le départ de jeunes exploitants vers d’autres membres de l’UE. 

Le vent tourne dans l’agriculture croate. ©toideurope

« Chute libre en Croatie, en quatre ans, 24 000 agriculteurs en moins » titre le journal de centre-gauche Novi list, plus ancien quotidien Croate. Selon les autorités entre 23 et 24 000 exploitations familiales agricoles auraient disparues depuis l‘entrée du pays, au sein de l’Union Européenne.

Les exploitations agricoles ne se transmettent plus et les nouvelles générations fuient le pays. « La situation est compliquée en Croatie mais il faut comprendre qu’il y a d’importantes différences régionales et sectorielles« , explique Ivan Nino Jakovcic, du parti de centre Gauche (Hrvatska narodna stranka – Liberalni demokrati – Parti populaire croate Démocrates libéraux ). Député européen, il siège à la commission d’agriculture et du développement rural. Selon l’élu, une réelle disparité s’aperçoit entre l’agriculture méditerranéenne et continentale provoquant l’affaiblissement de l’agriculture croate.

Marijana Petir, son homologue croate à la commission européenne estime que l’entrée dans l’Union Européenne s’est réalisée trop rapidement, le pays n’était pas prêt, ce qui a engendré la crise agricole actuelle. Elle porte les couleurs politiques du parti paysan croate, HSS (Hrvatska seljacka stranka) et estime que « la Croatie doit trouver le moyen de développer l’agriculture, de revitaliser les villages croates et de fournir des revenus suffisants aux exploitations familiales et aux travailleurs agricoles« .

 

Promouvoir une consommation locale

« En Croatie, seule la moitié des fruits et légumes sont issus de la consommation totale. Les élevages sont réduits et nous importons de la viande. (…) L’importation de denrées alimentaires est un gaspillage pour un petit agriculteur car la viande importée est moins chère et, à cause de la pauvreté, de nombreux citoyens ne peuvent pas obtenir de viande provenant de fermes nationales« , se lamente, Diana Marjanović, agronome. Cette citoyenne de Zabok, petite ville à proximité de Zagreb dénonce les mentalités à consommer moins cher et non local. Sa reflexion est appuyée par la députée Marijana Petir. « Les agriculteurs croates, pour être compétitifs avec leurs collègues de l’UE devraient bénéficier des mêmes conditions pour financer leurs projets, ainsi que l’assurance que leurs produits de qualité auront les mêmes chances sur le marché. Je pense qu’il est extrêmement important de prescrire la qualité des produits au niveau national et de contrôler si les produits qui arrivent sur le marché croate sont conformes à ces réglementations car il est inacceptable que des produits de mauvaise qualité soient commercialisés à des prix amortis production« .

Si la consommation locale se rétablie, elle pourrait permettre l’attractivité du secteur et l’arrêt des fuites de la nouvelle génération agricole vers les autres pays de l’Union Européenne, plus attirants. « Seule une agriculture rentable sera attrayante pour les jeunes agriculteurs. Nous avons de très bons exemples dans le secteur de l’huile d’olive et du vin. Surtout en Istrie », explique, Ivan Nino Jakovcic. L’objectif demeure de redonner foie en l’agriculture croate.

Préserver sa jeunesse

« L’UE apporte une aide avec le modèle existant. Nous devons nous changer nous-mêmes. Seules une nouvelle mentalité et de nouvelles idées avec une approche créative peuvent apporter plus de succès« , explique le député de centre-gauche, Ivan Nino Jakovcic. La relève agricole doit s’effectuer par une reflexion sur la nouvelle génération d’agriculteurs. 5 % d’entre-eux disposent d’un niveau supérieur d’éducation. C’est peu pour pouvoir comprendre réellement toutes les évolutions et les nouvelles normes suite à l’entrée dans l’Union Européenne. C’est ce que dénonce Diana Marjanović. « Je vois un problème dans l’éducation des agriculteurs, beaucoup ne savent pas comment faire de l’argent avec des fonds européens« .

Un suivi éducatif et un accompagnement sur le terrain des agriculteurs semblent nécessaire à la refonte de l’agriculture du pays. « La modification des réglementations nationales dans les domaines de la terre, de la fiscalité, des droits de succession et de l’aménagement du territoire. Les jeunes agriculteurs devraient être facilités lorsqu’ils commencent leur travail en supprimant les obstacles et en introduisant des programmes spécialisés, ce qui faciliterait la retraite des agriculteurs âgés« , souligne la député du parti paysan. Marijana Petir

Le problème Croate ne demeure pas un cas isolé, les jeunes agriculteurs voient à travers le système allemand et néerlandais des espoirs dans leur domaine, c’est la raison du départ de nombreux croates vers ces pays. La réforme de la PAC devrait pourtant renforcer l’agriculture européenne au moment où de nouveaux obstacles entrent en jeu avec le vieillissement de la population et les changements climatiques.

 

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